Andrea Camilleri est un auteur très renommé en Italie pour une série de romans policiers mettant en scène le commissaire sicilien Montalbano. « Privé de titre, » qui ne fait pas partie de cette série, n’est pas un roman policier même s’il en emprunte la forme.
C’est l’histoire sous Mussolini d’une bagarre de rue entre jeunes fascistes et militants communistes qui tourne mal: un fasciste reste sur le carreau. Tout cela fait bien les affaires des pouvoirs locaux qui profitent de l’occasion pour faire inculper un leader communiste trop gênant. Les médias s’emparent servilement de l’affaire et créent de toute pièce le martyre fasciste dont le pouvoir à besoin. Qu’importe si ce n’était qu’un vaurien bagarreur, chacun devra se plier à la vérité officielle et bientôt écoles et stades porteront le nom du « héros. » Mais cette construction artificielle de vérité peut elle supporter l’épreuve des faits, même dans une société à vocation totalitaire ?
Ce roman, écrit dans un style très vivant, alternant narration et fausses coupures de journaux, a une gouaille et une vitalité peu communes. On se surprend à sourire à l’évocation pince-sans-rire d’une société hypocrite et kafkaïenne et aux dialogues truculents d’Andrea Camilleri.
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